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Jeanne : Malformation artérioveineuse de la main (Parkes-Weber)
Petite, ma maman a toujours dit que j'avais la main droite plus chaude que
l'autre et qu'elle était plus foncée mais mon médecin de famille disait que
tant qu'il n'y avait pas plus de symptômes on ne pouvait rien faire.
En 1998, j'avais 11 ans, j'ai eu un streptocoque, on l'a su car cette
bactérie s'est installée dans ma main, et ça a causé des rhumatismes
articulaires et de fortes douleurs qui remontaient jusqu'à l'avant-bras.
C'était très douloureux, on m'a soigné aux antibiotiques et on a suivi avec
de nombreuses analyses de sang. La disparition de cette maladie est très
longue, cela cause beaucoup de fatigue, des anémies... Mais j'allais quand
même à l'école. Mon médecin m'a expliqué que je garderais toujours des
traces de cette maladie, mes défenses (antistreptodornases) se réactivent
régulièrement alors je sens de nouveaux ces rhumatismes... Donc à
l'apparition de cette maladie qui s'installe dans des parties fragiles du
corps, on est allé voir un angiologue. Il n’a rien trouvé, il a été très
étonné par le débit sanguin de mon bras et a juste souhaité bon courage à ma
mère… et n’a pas voulu nous revoir une deuxième fois pour un autre
diagnostic.
Ce n'est qu'en 2000 qu'on a recommencé à chercher, je me plaignais de plus
en plus de ma main. Je faisais de la danse et me suis rendu compte que mon
bras droit était beaucoup plus grand que l'autre. Ça m'a fait peur, je
voulais absolument savoir ce que j'avais. Avec ma maman on a eu deux
rendez-vous dans la région : Le premier avec une cardiologue, qui pensait au
syndrome KT suite à un scanner, mais elle n'était pas sûre et elle nous a
envoyé voir un deuxième docteur, un angiologue. Je n'aurais jamais dû aller
voir cet angiologue, il avait reçu le diagnostic de la cardiologue mais
n'était pas du même avis. Pour lui j'avais juste un problème psychologique
lié à la puberté... je me souviens toujours comment il a osé dire ça alors
que mon bras est plus long de 7 cm, que mon débit sanguin était trois fois
supérieur à la normale. . . je pleurais, c'était un moment assez difficile.
Ce docteur est peut-être un bon docteur mais dans ce cas il a été incapable
d'avouer son ignorance. J'étais une fille timide et réservée, avec ce bras
ça n'allait pas mieux, je n’osais pas en parler et puis comme je ne savais
pas ce que j'avais...
C'est grâce à ma grand-mère qui a parlé de moi à sa phlébologue de Paris
qu'on a eu de nouveaux contacts. Elle nous a conseillé un docteur à Paris,
le docteur Priollet. On s'est donc déplacés, il nous a très bien reçus, ma
mère qui a toujours été avec moi et qui connaît mon dossier était comme moi
un peu perdue après les derniers diagnostics! Il a fait un examen complet de
mon bras et il savait exactement qui je devais voir. Il nous a pris
rendez-vous avec deux spécialistes de la main et des malformations
artérioveineuses. On est rentrés de Paris avec ces rdv et plus de
renseignements sur mon problème. J'avais hâte d'y aller!
En 2001, j'ai rencontré le docteur Franceschi et le docteur Laurian, à
l'hôpital St-Joseph à Paris. J'ai été impressionnée. Ils ont pu faire le
diagnostic de ma main rien qu'en la regardant et la touchant. Puis avec l'echo
doppler, il a repéré trois fistules entre l'artère et la veine dans mon
index droit. Avec de nombreuses zones de shunts... Mon diagnostic était à
présent établi : une malformation artérioveineuse rare sur la main droite.
Ces médecins se sont intéressés à mon cas, qu'ils connaissent mais dont ils
apprennent toujours plus car ces malformations sont "uniques" , chaque cas
est spécial. Ils m'ont fait une contention sur tout le doigt avec du
micropore et des compresses, le débit sanguin de ma main droite était trois
fois supérieur à celui de mon bras gauche. Ils ont défini mon bras gauche
comme base 1 (débit normal), mon bras droit était à 9, c'était pour faire
une sorte d'échelle de comparaison. Je suis sortie de hôpital avec cette
sorte de pansement, la nuit c'était très douloureux, puis le jour… mais je
me forçais et me disais que c'était pour ma guérison. Je m'appliquais à bien
faire cette contention mais à force le pansement m'abîmait la main et cela a
provoqué des coupures, des bleus, mon doigt était horrible, j'avais mal car
c'était serré et blessé. Ce qui était positif c'était le rdv à Paris, j'y
allais tous les deux mois au début, à chaque fois il y avait une évolution,
pour comparer avec l'échelle c'est descendu assez vite à 5...
Au bout de deux ans, on a vu un orthopédiste qui m'a fait une contention sur
mesure, c'est le même tissu que pour les grands brûlés (niveau III). Ça fait
donc cinq ans que je porte une contention en permanence, je ne l'ai jamais
enlevée ça me fait trop mal. Mon doigt s'est beaucoup affaibli et est très
fragile. Il ne faut pas que je me blesse à ce bras ni que je me cogne. Je
n'ai pas non plus le droit de faire de sport de préhension...
Mon dernier rdv avec mes médecins date d'une année, pour la première fois
j'y allais toute seule. Ils m'ont dit que ça s'était stabilisé mais qu'il
fallait continuer à porter la contention. Je suis redescendue à 3 sur
l'échelle. Je suis consciente aussi de la chance que j'ai. Car je suis
suivie par des médecins compétents qui savent ce qu'ils font et qui ont tout
de suite dit qu'il ne fallait surtout pas opérer ou quoi que ce soit
d'autre. J'apprends à vivre avec cette main, j'ai beaucoup pris sur moi,
cette douleur qui me réveillait la nuit, je pleurais mais je n'en parlais
pas beaucoup. Ça m'a aussi permis de mûrir plus vite, les gens sont souvent
impressionnés de la façon dont je parle de mon problème. Cette année je
passe mon bac, j'écris toujours de la main droite, je refais un peu de sport
car on est obligé de passer cette épreuve au bac. Je ne sais pas trop quoi
écrire d'autre, j'ai dû oublier quelques détails mais je ne me souviens pas
de tout et puis j'ai pas toujours envie d'y repenser. Je me rends compte que
même une petite différence par rapport aux autres peut nous rendre étrange!
Parfois on se sent seule, j'ai parfois eu envie de ne plus avoir de main
mais c'est pas bien, il faut parler, se dire que cette différence nous rend
encore plus unique, c'est une force qui nous donne du caractère.
Jeanne, 18 ans, France (mon adresse
électronique)
Le 17 décembre 2005
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