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Mai 2009

En 2002, après 5 traitements au laser :
apparence meilleure mais la lèvre demeure très grosse. (Je n'ai pas de
photos claires « avant le laser ».)

Juin 2004, 7 mois après chirurgie: la photo
est embrouillée, mais on voit la rougeur dans cette région, c'est bien elle
-- ma MAV.
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Je savais très peu de choses sur les
malformations artérioveineuses (MAV) jusqu’en 2002. Mes recherches m’ont
appris que les médecins spécialistes des anomalies vasculaires ne
s’entendent pas nécessairement sur la pertinence de traiter une MAV, petite
et localisée, comme la mienne. Pour certains, on devrait intervenir le plus
tôt possible, une petite malformation étant plus facile à traiter; pour
d'autres, les petites MAV asymptomatiques devraient faire l’objet d’une
surveillance sans qu’on intervienne; on devrait s'abstenir d'intervenir
aussi longtemps que la MAV est asymptomatique et esthétiquement tolérable.
Il faut savoir que les résultats d’une intervention sont souvent peu
satisfaisants. Il y même risque d’aggravation.
Cependant, tous les médecins experts s’accordent sur les options de
traitement valables pour une MAV. Il y en a trois: embolisation seule, ou
chirurgie seule, ou embolisation suivie de chirurgie. Le traitement le plus
courant est l'embolisation seule.
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1983 (j’ai 38 ans)
Un tout petit angiome apparaît du côté gauche de ma lèvre inférieure, sans
raison apparente : je ne me souviens pas de m’être frappée, je n’ai pas eu
d’infection, je n’ai pas été malade. Au bout de quelques mois, comme il ne
se résorbe pas, mon médecin de famille m’envoie voir un ORL. Celui-ci me
l’enlève sous anesthésie générale. La chirurgie est un succès, mais pour
quelques semaines seulement. L’angiome récidive et atteint en peu de temps
presque deux fois la grosseur qu’il avait avant l’opération. Aujourd'hui je
sais que c'est le risque d'une chirurgie de MAV: une brusque aggravation.
Cette région de ma bouche reste un peu engourdie après l’opération et elle
le demeurera toujours : sensation analogue à celle d’une anesthésie locale
chez le dentiste.
1984
Je rencontre plusieurs spécialistes, en dermatologie et en chirurgie
plastique. Ils ne peuvent rien pour moi. Le dernier chirurgien plasticien
que je consulte m’adresse à l’hôpital pédiatrique Sainte-Justine de
Montréal. On m’y fait passer une échographie. Je ne peux me souvenir
exactement aujourd’hui du diagnostic qui a été posé, je sais seulement que
tout à coup j’apprenais que ce que j’avais était plus complexe que je
l’avais imaginé. On m’a aussi enlevé un espoir, qui m’avait été donné par
mon médecin de famille et un des spécialistes consultés : eh non, hélas il
était impossible que cette lésion disparaisse jamais d’elle-même. On me dit
qu’on peut me réopérer à Sainte-Justine, après avoir pratiqué une
angiographie. Le risque de récidive paraît élevé cependant. Je ne veux pas
m’exposer à un autre échec. L’angiome s’est d’ailleurs stabilisé et il est
encore petit. La règle est de s’abstenir dans un cas comme le mien, tout en
surveillant l’évolution qui pourrait justifier un acte médical. Le problème
n’est pour l’instant qu’esthétique. Je ne pense pas qu'à l'époque l'embolisation
était pratiquée sur les MAV, en tout cas personne ne m'en avait parlé.
1994
L’angiome a crû de manière lente et régulière au cours de cette décennie de
non-intervention, où je ne l’ai plus fait examiner. Fin des années 1980,
début des années 1990, il saigne parfois au contact d’un liquide chaud ou
d’un aliment dur, ou de manière spontanée sans raison. Comme j’ai perdu de
la sensibilité à cet endroit, je ne m’en aperçois pas chaque fois aussitôt.
Je m’informe des progrès qu’a connus le laser. Je reçois un traitement au
laser dans une clinique privée, qui doit être le premier d’une série pour
essayer de réduire l’angiome. Je ne vais pas au-delà de cet unique
traitement, dont je ne sais pas trop s’il a changé quoi que ce soit (en fait
à partir de ce moment, l’angiome ne saignera plus jamais, tout en
poursuivant sa croissance). J’ai un autre problème plus grave et plus
urgent, consécutif celui-là à une chirurgie dentaire ratée (non reliée à
l’angiome), je suis hospitalisée.
2000
Cinq ans après cette maladie qui a nécessité mon hospitalisation, je fais
une ischémie cérébrale transitoire, due à une embolie (rien à voir avec ma
MAV).
2002-2003
L’angiome a continué sa progression inexorable, il a pris une couleur
bleutée et s’est étendu. À la commissure des lèvres de ce côté, il m’arrive
de sentir un petit écoulement de salive. Dans cette même clinique privée où
j’étais allée en 1994, le dermatologiste m’assure qu’il ne pourra pas
l’empirer, mais il me prévient qu’il ne peut l’améliorer que légèrement, la
tumeur est trop grosse. Je reçois cinq traitements au laser (colorant pulsé
Vbeam). La couleur bleutée disparaît, l’angiome semble légèrement moins
gonflé et le contour de la lèvre redevient plus net. Mais ce sont des
changements très superficiels, l’angiome demeure volumineux. La photo
ci-contre a été prise après cette série de traitements.
Le dermatologiste laserologue me fait une ordonnance pour une IRM à
l’hôpital Sacré-Coeur. Pendant les quatre ou cinq mois où j’attends qu’on
m’appelle pour cet examen, je fais d’autres démarches. Je consulte Dre Julie
Powell, à la Clinique du Sanctuaire. Elle fait partie de la Clinique des
anomalies vasculaires de Sainte-Justine. Dre Powell pose à l’examen clinique
le diagnostic de malformation artérioveineuse confirmant ainsi le diagnostic
antérieur récent d’un autre dermatologiste, Dr Daniel Barolet. On ne traite
plus les adultes à Sainte-Justine. Dre Powell m’envoie voir Dr Gilles Soulez,
radiologiste interventionniste à l’hôpital Notre-Dame. Il pose lui aussi le
diagnostic de malformation artérioveineuse après examen clinique, ce que
confirme ensuite son examen Doppler. Il recommande une angiographie et un
traitement par embolisation avec alcool. Les risques associés à cette
méthode sont pour moi inacceptables. L’ischémie cérébrale transitoire que
j’ai faite en 2000 me les fait craindre au point où je préférerais me passer
du traitement. Un traitement s’impose pourtant, ce n’est plus rien qu’une
question d’esthétique : j’atteindrai bientôt le stade où ma bouche ne
fermera plus tout à fait, ce dont l’écoulement de salive occasionnel
m’avertit. Si du moins la perspective des résultats était encourageante,
mais ma malformation présente un « haut index de résistance », possiblement
attribuable aux ligatures chirurgicales de 1983, il faut envisager
sérieusement la possibilité d’une récidive. À tort ou à raison j’appréhende
que ma MAV revienne, plus agressive, pire qu'avant l'intervention, comme en
1983.
La chirurgie est une autre option, car ma MAV est localisée, sauf qu’il n’y
pas de chirurgien qualifié en milieu adulte au Québec et au Canada pour
faire cette opération. Je suis envoyée aux Etats-Unis, dans un hôpital de
Little Rock en Arkansas. Le Dr Milton Waner pratique de façon courante
l’excision d’anomalies vasculaires, avec un taux de succès important. Il a
reçu les rapports et films de mes examens et des photos : il est confiant de
pouvoir enlever ma MAV en une chirurgie d’un jour. Il m’opère le 23 mai
2003, sous anesthésie générale. Lors du suivi téléphonique quelques semaines
plus tard, il m’apprend qu’il subsiste une malformation résiduelle; aussi me
demande-t-il de revenir pour une autre petite chirurgie, sous anesthésie
locale, qui aura lieu le 31 octobre 2003 — tous les frais étant payés cette
fois par des fondations d’Arkansas. Ces deux opérations avec le Dr Waner se
sont très bien passées; après chacune, dans les heures qui ont suivi, j’ai
pu manger du macaroni au fromage à la cafétéria, et ils le font très bon en
Arkansas. Lors de la deuxième, j’étais éveillée, il a pratiqué une incision
sur toute la moitié gauche de ma lèvre, et je n’ai même pas goûté de sang.
Deux mois après cette seconde chirurgie, Dr Soulez constate à l’examen
clinique qu’il n’y a pas de pulsation ni de frémissement anormal sur la zone
opérée, signe que la malformation est maintenant sous contrôle. Cependant,
plus tard, à l’écho Doppler il détecte un résidu. Pour une réussite totale,
il faut que la MAV ait été entièrement excisée. La possibilité d’une
récidive demeure donc.
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Août 2006
Cela fait trois ans que j’ai été opérée par Dr Waner. Au cours de ces trois
dernières années, ma MAV semble être demeurée assez stable: sous la
ligne de contour, la peau laisse transparaître une zone où ruissellent de
fins vaisseaux rouges (voir ci-contre), la lèvre est asymétrique, côté
gauche plus gros. Mais avec un peu de maquillage la couleur rouge est
masquée, et lorsque je souris la lèvre en s’étirant paraît presque
symétrique. Pendant ces années de petits angiomes rouges sont apparus sur la
lèvre et peut-être que la région a enflé légèrement.
La très grande différence pour moi depuis ces opérations de 2003, c’est
qu’il faut être plus attentif pour déceler mon anomalie physique. Alors
qu’avant je sentais assez souvent se poser sur cette lèvre des regards
curieux, je circule aujourd’hui très tranquille. Avec tout mon entourage, je
n’étais pas consciente de ma lèvre, mais avec les inconnus elle s’oubliait
moins bien. Une autre amélioration, c’est le confort : je n’ai plus peur
d’un écoulement involontaire de salive, mes lèvres se ferment à la
perfection. Enfin et surtout, je n’appréhende plus que cette lèvre grossisse
hors de contrôle : cette tranquillité d’esprit est sans doute le résultat le
plus important. Je m’attends à devoir être opérée de nouveau un jour, mais
au rythme où ma MAV se détériore ce n’est pas pour sitôt.
Après cette malheureuse chirurgie ratée de 1983 qui aura aggravé la
malformation, j’aurai eu la chance, aux deux bouts de mon expérience, à
l’hôpital Sainte-Justine en 1984 et avec Drs Soulez et Waner en 2003, d’être
conseillée par des médecins experts et ils sont très peu nombreux dans le
monde. Il y a quelques années un chirurgien maxillo-facial, dont la clinique
privée d’implants dentaires tourne à plein régime, m’a proposé d’opérer « ça
». J’étais là pour accompagner une amie à qui il posait des implants
dentaires. Sans avoir même touché à ma lèvre, il m’assurait que c’était
chose bien simple pour lui — « c’est ma spécialité ». Il était positif,
convaincant, « vous seriez débarrassée ». Plus tard, sans faire référence à
cette offre, j’ai demandé à la réceptionniste qui travaillait pour lui
depuis quelques années s’il pouvait m’enlever mon angiome. Elle me dit
qu’elle ne pensait pas qu’il faisait ce genre de choses, elle n’avait jamais
eu connaissance d’un cas semblable. Si je n’avais pas été bien informée en
1984 à Sainte-Justine, j’aurais sans doute pris très sérieusement en
considération la proposition enthousiaste de ce médecin. C’était en fait ma
deuxième proposition de chirurgie depuis 1984; la première, moins
persuasive, m’avait été faite par un ORL que je consultais pour un autre
problème et qui ignorait que j’avais déjà été opérée pour cette lèvre.
Un chirurgien maxillo-facial et un ORL sont tous deux qualifiés pour opérer
une lèvre (Dr Waner est un ORL) — mais une MAV est du ressort d’un médecin
expert en anomalies vasculaires.
Depuis l’ouverture du site en 2004, je reçois du courrier (privément ou sur
les listes de discussion) qui me prouve que les malformations vasculaires ne
sont pas toujours prises en charge adéquatement, loin s’en faut. C’est à ce
travail d’information que je me consacre surtout, pour éviter à d’autres un
mauvais référencement médical.
Lise Daoust, webmestre du site
Montréal (Québec)
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