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Marie-Noëlle,
Tu souhaitais t’engager activement avec
moi pour mieux faire
connaître les anomalies vasculaires. Tu en étais gravement atteinte. Nous
venions de nous rencontrer, tu n’avais que 29 ans, et c’est la mort qui t’a
prise avant que nous n’allions plus loin ensemble. Adieu ma jeune amie, c’est
un souvenir magnifique que je garde de notre unique rencontre et de nos
conversations au téléphone. La femme épanouie et extrêmement attachante que
tu étais avait commencé à écrire sur notre liste de discussion A-V. Je publie
le dernier message que tu nous avais adressé, quelques jours avant ta
chirurgie, en réponse à une maman inquiète : je sais que tu ne pourrais être
que d’accord pour que je partage ce témoignage de toi avec le plus grand
nombre.
Lise
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Dernier message de Marie-Noëlle à la
liste de discussion A-V, le 17 juin 2006.
Bonjour!
Je suis Marie-Noëlle, 29 ans, atteinte du Syndrome Klippel Trenaunay. Ce que
vous racontez me touche. Je n'ai pas d'angiome au visage, mais lorsque
j'étais petite, ma jambe gauche était énorme et avait sur le devant et
l'arrière un angiome d'un merveilleux mauve! Maintenant, je ne l'ai plus
puisque j'ai été amputée à 12 ans.
Je me souviens de la peur du jugement des autres, je me souviens avoir caché
ma jambe. Je me souviens m'être retirée de certaines activités de peur qu'on
voie ma jambe. Bien sûr, je pouvais la cacher avec des pantalons, ce qui ne
peut être fait lorsque c'est le visage qui est atteint. C'est pourquoi je
compatis beaucoup avec vous, d'ailleurs.
Je ne sais pas nécessairement quoi dire pour vous encourager. C'est dommage,
mais il faut passer par là avec cette maladie. Évidemment, toute notre vie,
on fait face au regard des gens, il faut donc apprendre à vivre avec. Étant
enseignante, je crois beaucoup à la sensibilisation. J'ai expliqué maintes
fois à mes élèves pourquoi j'avais une prothèse et pourquoi mon côté gauche
est plus gros. Ils voient parfois mes angiomes et mes cicatrices au bras
lorsque j'ai des manches courtes. Évidemment, j'ai toujours des commentaires
et des questions, les enfants étant tellement curieux. Je trouve bien que
votre petite de 6 ans veuille en parler aux élèves de sa classe ou de son
école. J'ai fait l'expérience, lorsqu'on explique ce qui en est aux enfants
très honnêtement et avec des mots qu'ils comprennent, ils deviennent très
compatissants avec nous. Ils ne passent pratiquement plus de commentaires et
sont très respectueux dans leurs questions. Je suis très fière d'eux. Ils
sont méchants s'ils ne connaissent pas. Je suis certaine de cela.
Je crois aussi que notre attitude à nous est très importante. Si nous
agissons en "victime" qui se fait regarder et ridiculiser, il y a de fortes
chances que ce soit le cas, qu'on ne voit que cela. Mais si on s'efforce
d'être bien avec nous-même et avec les autres malgré ces angiomes et
différences, on acquerra une estime de soi qui va bien au-delà de notre
maladie. Ainsi, on saura vivre sans qu'elle soit un énorme fardeau. C'est un
choix, je trouve.
Je me souviens que ma mère, quand j'étais enfant, me faisait toujours
remarquer les sourires des gens. Au lieu de focuser sur les regards
insistants, elle cherchait d'une certaine manière les sourires empathiques.
Et j'ai beaucoup plus de souvenirs aujourd'hui de ces sourires que des
regards interrogateurs ou irrespectueux. D'ailleurs, mes parents me
racontent parfois des moments où les gens n'étaient pas du tout discrets
dans leurs regards ou leurs commentaires. Peut-être que c'est pour me
protéger, mais je ne me souviens pas du tout de ces moments. C'est peut-être
pour cette raison que je suis bien aujourd'hui avec mon côté gauche enflé et
mauve et qui m'apporte beaucoup de douleurs.
Ce sont des beaux mots tout ça, je sais! Et ce n'est pas du jour au
lendemain, ni à 6 ans qu'on peut arriver à penser ainsi. Il en faut du temps
et il est tout à fait normal de se rebeller, d'être triste et de trouver
cela injuste. À nous de choisir si l'on veut vivre fâché toute notre vie.
Vos enfants apprendront et deviendront plus forts que d'autres. C'est ce que
je vous souhaite.
Pour ceux qui ont suivi ma péripétie d'opération, elle aura finalement lieu
mercredi le 21. Je me ferai enfin enlever ce kyste ovarien qui me gêne
depuis si longtemps. J'espère que tout se passera bien.
Bonne journée!
Marie-Noëlle (syndrome Klippel Trenaunay hémi-corps gauche)
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