Matthieu : Malformation veineuse intramusculaire de
l'épaule
Matthieu a aujourd’hui 23 mois ! C’est
un petit garçon formidable qui fait la joie de ses parents, chaque jour plus
grande. Je suis sa maman, et je vais vous raconter son histoire depuis le
jour où sa malformation à l’épaule nous est apparue et qu’elle nous a forcés
à voir la vie autrement…
Marie-Laure, le 9 juin 2004
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Lundi 9 juin 2003
Matthieu a aujourd’hui 9 mois. Après une journée bien remplie, c’est l’heure
du bain et en jouant avec lui dans la baignoire mon regard est attiré par
son épaule gauche et là je lui dis en plaisantant « mais qu’est-ce que tu es
musclé mon bébé !! ». Et, machinalement sans aucune inquiétude, je regarde
son épaule droite et là, le ton n’était plus du tout à la plaisanterie…Son
épaule gauche était incontestablement plus volumineuse que son épaule
droite. Je le sors alors du bain pour examiner consciencieusement son bras
et en l’allongeant sur sa table à langer, je vois cette énorme boule sur la
face antérieure de son épaule. A ce moment, je pense tout de suite à une
luxation…tellement c’était gros et rond, je croyais que c’était la tête de
l’os que je voyais. J’arrive tout de même à garder mon calme parce qu’il ne
manifeste aucune sensation de douleur; cela me rassurait un peu de voir
qu’il n’avait pas du tout mal et qu’il continuait de jouer et même de faire
des bêtises!!
Son père et moi décidons donc de l’emmener immédiatement aux urgences. A
l’hôpital (Hôpital de Dreux, à 13 km de chez nous), Matthieu a été reçu
comme un petit prince : vu son jeune âge, ils ont pris la peine de nous
isoler (c’est pas beau à voir les urgences…pour des yeux d’enfant) et de
nous prendre le plus vite possible. On lui a passé une radio et il ne
s’agissait pas d’une luxation. Le médecin nous a expliqué qu’on « devinait »
sur la radio une masse de plusieurs centimètres de diamètre… Qu’il ne
pouvait rien nous dire mais que ça ressemblait à une tumeur… On a dû faire
de drôles de têtes Sébastien et moi, parce qu’il s’est empressé de nous dire
qu’une tumeur n’était pas forcément maligne et qu’il fallait des examens
complémentaires pour connaître la nature de la chose. Mais le mot avait été
dit… tumeur. Je ne pouvais pas m’empêcher de faire un gros raccourci entre
tumeur et cancer (j’ai tendance à voir le pire d’après Sébastien...) et
alors là commence un questionnement sans fin… Par ailleurs, le médecin avait
remarqué l’angiome qui se trouve sur la face postérieure de son épaule
gauche; il a émis l’hypothèse qu’il pouvait peut-être y avoir « la même
chose » à l’intérieur. Il prescrit une échographie. Nous rentrons chez nous
un peu abattus…que va-t-il se passer maintenant ? Mais qu’est-ce que c’est ?
Est-ce grave ? Va-t-il souffrir ? Que de questions dans ma tête… Je suis de
nature anxieuse et dans des moments pareils la peur me saisit et me ronge,
je perds toute lucidité, polluée par tous les scénarios catastrophes que
j’imagine.
Mardi 10 juin 2003
On passe l’échographie de l’épaule dans un cabinet de radiologie en ville et
le radiologue nous dit qu’il s’agit d’une formation angiomateuse au niveau
de l’artère. Très alarmiste, le radiologue s’empresse de nous dire qu’il
faut préciser l’examen au plus vite par une IRM car ce genre d’anomalie peut
avoir de graves conséquences sur le développement du bras de Matthieu. Quand
j’entends le radiologue me parler ainsi de façon très alarmiste, je n’ai
qu’une envie, c’est de pleurer… Bien sûr, je me contiens et j’écoute très
attentivement le moindre mot, je guette le moindre geste, la moindre grimace
sur le visage du médecin… Visiblement très inquiet, il s’occupe
immédiatement de nous trouver un RDV urgent à l’hôpital St-Vincent de Paul à
Paris (spécialisé dans l’imagerie médicale pédiatrique entre autres) : on
lui dit alors que ce genre de cas doit avant tout passer par le Dc Odile
Enjolras, spécialiste des angiomes.
Mercredi 11 juin 2003
J’emmène Matthieu chez notre pédiatre qui prend la situation très au sérieux
également et qui l’examine très consciencieusement. Ses premiers mots sont :
O.Enjolras ! Il nous confirme que c’est LA spécialiste qu’il nous faut.
Confortée dans l’idée qu’on nous envoie chez la bonne personne, je
m’empresse de prendre RDV. Le parcours du combattant commence…C’est
tellement LA bonne personne que ses consultations sont surchargées : on
m’annonce plusieurs mois d’attente.. !!! Je me démène tant bien que mal, et
je réussis à raccourcir le délai…j’obtiens un RDV pour fin juillet ! C’est
encore trop lointain, je n’accepte pas de devoir attendre même si je
comprends qu’on n’est pas les seuls, que les consultations sont surchargées,
qu’on ne peut pas toujours tout avoir tout de suite… Mais j’angoisse
terriblement, dans l’idée que c’est grave et urgent et qu’il faut
savoir…savoir tout de suite ! J’appelle au secours…et notre pédiatre qui
comprend bien que je vais imploser, arrive à négocier avec le chef de
service un RDV pour le vendredi suivant : quel soulagement… Plus que 2 jours
d’attente !
Je « profite » de ces 2 jours pour faire des recherches sur le sujet, sur
internet principalement. Je découvre alors que Mme Enjolras est non
seulement la spécialiste pas très loin de chez nous, mais aussi une des plus
réputées au monde !!! Un soulagement de plus : savoir qu’on peut être pris
en charge par un des médecins qui maîtrisent le mieux sa discipline c’est
plutôt rassurant ! Déjà alors je me dis qu’on a une chance énorme de l’avoir
à côté de la maison (on est à 80 km de Paris) et que l’on va pouvoir être
rapidement fixés…
Vendredi 13 juin 2003
Nous arrivons à l’hôpital A. Trousseau dans le service de chirurgie
maxillo-faciale… Je reçois alors comme un message d’apaisement : c’est comme
si entrer dans cette immense salle d’attente c’était entrer dans la
reconnaissance ; nous étions tous là, enfants et parents, pour la même
chose, chacun dans ses particularités et ses différences… J’avais le
sentiment de me reconnaître dans ces parents et ainsi de me sentir un peu
moins seule.
Nous sommes entrés dans une pièce où il y avait tellement de personnes que
je n’ai même pas pu les compter. Chirurgiens, infirmières, stagiaires
reconnaissables par leurs badges, et d’autres personnes inidentifiables. On
nous a posé quelques questions pour cerner le problème de Matthieu. Le
diagnostic clinique semblait peu évident et l’échographie était non
contributive comme ils disent. Cependant, O.Enjolras a émis l’hypothèse d’un
lymphangiome. Elle ne voulait visiblement pas s’étendre sur le cas de
Matthieu avant de voir l’IRM. Elle nous envoie donc vers St-Vincent de Paul
pour passer l’IRM.
Le RDV pour l’IRM est pris pour dans deux semaines, deux semaines pendant
lesquelles je continue de chercher des informations sur les anomalies
vasculaires et plus j’approfondis mes connaissances, plus j’angoisse…Car je
me rends compte de la complexité du sujet, et mon inquiétude devient alors :
est-ce qu’ils vont réussir à poser le bon diagnostic ??? Il y a une telle
diversité dans la jungle des anomalies vasculaires…Mon intuition me fait
pencher pour une malformation veineuse…d’après tout ce que j’avais lu et ce
qui se passait pour Matthieu. Mais je ne suis pas médecin et j’attends
désespérément l’IRM.
Mardi 24 juin 2003
L’IRM se déroule très bien, Matthieu est endormi et tout se passe pour le
mieux : l’équipe soignante est très habituée à prendre en charge de si
jeunes enfants et nous parents, nous ne sommes pas laissés de côté… bien au
contraire. Enfin on nous explique tout ce qu’on fait à notre enfant,
pourquoi et comment. Mais je me rends compte encore que le domaine des
anomalies vasculaires est très mal connu des médecins en général…La
radiopédiatre qui fait l’examen à Matthieu nous confirme qu’il s’agit bien
d’une formation angiomateuse, nais elle est incapable de m’en dire plus. En
discutant avec elle, je me rends compte qu’elle ne connaît pas la
classification des anomalies vasculaires et qu’elle me parle des angiomes «
à l’ancienne ». A ce moment-là, une partie du diagnostic est posé : il
s’agit bien d’un problème vasculaire…mais lequel?
Je m’efforce alors les jours suivants de ne pas me faire oublier de Mme
Enjolras en faisant comprendre que j’attendais des réponses. En fait c’est
avec sa secrétaire que je communique, et je voudrais la remercier ici parce
qu’elle a été d’une gentillesse et d’une patience exemplaire avec moi : j’ai
été insupportable ! Pendant 10 jours je l’ai « harcelée » au téléphone pour
que Mme Enjolras fasse suite à l’IRM. Mme Enjolras nous a alors téléphoné :
elle n’avait pas pu le faire avant, car elle avait dû transmettre le compte
rendu de la radiopédiatre concernant l’IRM à un autre radiopédiatre
spécialisé dans la lecture de ces anomalies…Tous les deux sont tombés
d’accord concernant le cas de Matthieu : il s’agit d’une MALFORMATION
VEINEUSE INTRAMUSCULAIRE.
Quand j’ai entendu ces trois mots dans sa bouche, j’ai senti un immense
soulagement : enfin c’était nommé ; enfin on pouvait mettre un nom sur cette
histoire d’épaule… Elle m’a rapidement expliqué ce dont il s’agissait, mais
elle m’avait pris au dépourvu, je ne m’attendais pas à ce coup de téléphone
et je n’ai pas pensé à poser le dixième des questions qui me taraudaient.
Elle m’explique notamment que des thromboses sont en train de se former et
que cela peut devenir douloureux. Elle ne se prononce pas sur l’évolution de
cette malformation veineuse dans la mesure où les malformations veineuses
évoluent de façon tout à fait aléatoire…elle me fait comprendre que chaque
cas est unique ; Matthieu pourrait très bien vivre avec toute sa vie sans
problème ; ou bien cela pourrait continuer à grossir, ou à envahir les
tissus voisins, ou devenir douloureux…Tout est donc envisageable.
Nous voilà donc en compagnie de quelque chose de connu au destin inconnu !!!
Je suis bien entendu soulagée qu’on ait pu identifier le problème de
Matthieu, mais il y a un mais : que va-t-il se passer maintenant, dans 6
mois, dans 1 an… Etant de nature pessimiste, l’avenir de Matthieu me paraît
alors n’être qu’incertitudes. C’est pour cela qu’au début de ce récit je dis
que sa malformation nous a forcés à voir la vie autrement… C’est comme en
photographie, quand on met un filtre devant l’objectif, on voit le paysage
autrement… Maintenant, quand je pense à l’avenir, j’espère que cette
malformation ne va pas trop influencer sa vie de façon négative. Bien sûr il
faudra faire avec… Pourra-t-il faire du sport ? Conservera-t-il son
intégrité physique, motrice… ? En souffrira-t-il ?….
Toutes ces questions trouveront bientôt une réponse, je l’espère… Nous avons
RDV le 1er juillet 2004 avec un chirurgien orthopédique car les thromboses
commencent un peu à faire souffrir Matthieu, la malformation a beaucoup
grossi et devient trop déformante ; O.Enjolras souhaiterait pouvoir recourir
à la chirurgie car c’est la seule chance de guérison définitive, l’autre
solution, la sclérothérapie, n’étant que partiellement efficace. La
chirurgie n’est pas une évidence dans le cas de Matthieu, car la
malformation est assez mal placée : plusieurs centimètres de diamètre (5 à 7
cm) sur le muscle deltoïde et elle est accolée à l’os. Il nous faut donc
l’avis d’un spécialiste en orthopédie pédiatrique…quelles seront les
conséquences d’une telle opération… ?
1er novembre 2004
Et voilà, le temps a passé depuis le mois de juin dernier et ces quatre mois
ont été ponctués par les différentes visites chez les médecins : chirurgien,
IRM, spécialiste, prise de sang, anesthésistes…le plan de route a été un peu
compliqué à mettre en place, mais on sait que Matthieu sera pris en charge
dans les meilleures conditions possibles, et ceci grâce au Dc Enjolras qui a
su coordonner les différents intervenants malgré les contraintes
particulières inhérentes au cas de Matthieu.
Nous sommes à présent fixés et tout commencera le 9 novembre prochain.
Pendant 10 jours, Matthieu va avoir 1 injection d’anticoagulant par jour et
une prise de sang tous les 4 jours. Le 17 novembre, il entre à l’hôpital
A.Trousseau. Le 18 novembre, le Professeur René Chapot pratiquera sur
Matthieu une sclérothérapie sous anesthésie générale ; le soir même,
Matthieu sera transféré à l’hôpital R.Debré où aura lieu l’exérèse le
lendemain. Son chirurgien est le Dc Franck Fitoussi, un chirurgien très
reconnu en orthopédie pédiatrique, et un spécialiste de la chirurgie de la
main.
En fait l’IRM a montré que la MV a presque doublé de volume et qu’elle
commence à infiltrer le muscle : la chirurgie est donc nécessaire pour
enrailler l’évolution, mais vu le risque hémorragique, elle doit être
préalablement préparée par une sclérothérapie. Cela fait donc 2 anesthésies
générales en 24 heures…on n’a pas le choix, et j’ai le sentiment que toutes
les précautions sont prises pour que ça se passe du mieux possible.
RDV dans quelques semaines, pendant la convalescence de Matthieu…
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Mise à jour -
Novembre 2006
Et voilà, les semaines ont passé, et les mois aussi…Cela va déjà faire 2 ans
que Matthieu a été opéré.
Le « plan de route » a bien été mené comme je le décrivais précédemment.
L’hospitalisation a l’hôpital Trousseau reste pour nous un très bon souvenir
: l’équipe a été accueillante, disponible et chaleureuse. Le doux décor du
service (sur le thème du petit Prince) nous faisait presque oublier qu’on
était dans un hôpital … Il régnait dans ce service une ambiance conviviale
très apaisante. On se sentait très « enveloppé » par l’équipe… J’ai porté
Matthieu dans mes bras jusqu’à l’entrée de la salle d’opération où je l’ai
remis dans les bras de l’anesthésiste : Matthieu rigolait (prémédication
très efficace !) et j’étais moi-même très détendue…
L’embolisation s’est très bien passée : un neurochirurgien était
spécialement venu de Limoge pour lui faire ce geste ! On a été présents
auprès de Matthieu dès sa sortie de la salle d’opération : on a pu rester
près de lui tout le temps qu’il est resté en salle de réveil.
Quelques heures après, Matthieu a été transféré à l’hôpital R. Debré par une
équipe du SAMU très sympathique également.
Le chirurgien orthopédique a fait quelque chose de remarquable. Il était peu
probable qu’il réussisse à tout enlever et pourtant il y est parvenu même
s’il y a eu une complication pendant l’opération : malgré toutes les
précautions prises (traitement de Lovenox et sclérose) Matthieu a tout de
même fait une hémorragie et le chirurgien a dû découper au large de la
Malformation. Résultat : une transfusion et un bout du muscle deltoïde en
moins. Ce ne fut pas une surprise, nous étions préparés à cette éventualité.
Les suites opératoires ont été difficiles : Matthieu a eu beaucoup de fièvre
pendant 4 jours et il était dans un état de choc assez impressionnant : il
était très agité, apeuré. Mais tout est rentré dans l’ordre lorsque nous
sommes repartis chez nous. Sauf quand il fallait refaire le pansement tous
les deux jours chez l’infirmière : une véritable torture ! Il était au bord
du malaise à chaque fois (pâleur, sueur, cris..) tellement il avait peur
quand elle lui enlevait le sparadrap…ça a duré un mois !
Les points ont été enlevés au bout d’un mois : on a eu une belle surprise !
La cicatrice était magnifique : toute fine et tellement régulière qu’on
aurait cru qu’elle avait été tracée à la règle !
Matthieu a très vite récupéré : son bout de muscle en moins ne lui fait pas
vraiment défaut car il était déjà bien atrophié à cause de la Malformation
Veineuse. Il avait dû naturellement développer des compensations au fur et à
mesure que la Malformation lui « grignotait » son muscle.
L’IRM de contrôle de Mai 2005 n’a montré aucune trace de la Malformation.
Nous avons revu le Dc Enjolras et son équipe pour la dernière fois en
Septembre 2005 : cela nous a fait un drôle d’effet quand elle nous a dit que
c’était FINI…à vrai dire, on n’y croyait pas vraiment…Les premiers temps,
j’étais assez soucieuse : j’avais peur que « ça » revienne. Et maintenant,
ça fait 2 ans que Matthieu a été opéré et il est en pleine forme.
Je ne peux pas dire que je n’y pense plus aujourd’hui…ce serait mentir. Je
le garde dans un coin de ma tête, en sommeil : je prends toujours des
précautions (je ne lui donne jamais d’aspirine…par exemple) et je le signale
toujours au médecin lorsqu’il doit prendre un nouveau traitement. Par
exemple, dernièrement Matthieu a dû subir 2 interventions chirurgicales pour
une très mauvaise fracture (sur l’autre bras) et j’ai fourni tout le dossier
sur sa MV…
Une certitude : Matthieu est en pleine forme aujourd’hui. La mobilité de son
bras est normale …Maintenant que le bras droit a été lui aussi fortement
endommagé j’ai désormais plus de soucis à me faire pour l’avenir de son bras
droit avec cette fichue fracture plutôt que pour son bras gauche avec son
bout de muscle en moins! Comme quoi, ce n’est pas forcément là où on les
attend que les problèmes arrivent…
Alors voilà, Matthieu est officiellement guéri de sa Malformation Veineuse
et j’en remercie le Dc Enjolras de même que Dc Franck Fitoussi et toute
l’équipe médicale.
Vous qui lisez cette histoire et qui cherchez des solutions à la vôtre, je
vous souhaite de trouver l’équipe médicale qui saura apaiser vos souffrances
et vous apporter autant de réussite qu’à mon petit Matthieu.
Marie-Laure.